Des oubliés par milliers

Publié le par bbflo

pauvrete.jpgJe te préviens, ce billet n'est pas drôle. Alors peut-être vaut-il mieux que tu passes ton chemin.

 

Je n'aime pas cette période de l'année.

 

J'essaie de ne pas être rabat-joie, je souris et souhaite de bonnes fêtes aux gens que je croise. Je fais les magasins et je frise du bolduc. Je teste les recettes de foie gras et je prépare des étiquettes pour les cadeaux.

 

Mais en réalité je n'ai qu'une hâte, que ce soit fini. Cette période est "trop tout" pour moi : trop de bruit, trop de lumières, trop de monde dans les rues, trop de paquets, trop de bouffe, trop d'argent. Et je trouve que cette période est vraiment symbolique de l'écart qu'il y a entre les nantis dont je fais partie (mais je ne suis pas la seule, n'est-ce pas ?) et ceux qui n'ont rien et même moins que ça.

 

Loin de moi l'idée de faire la morale. Je suis comme tout le monde... et c'est la raison de mon malaise. Je me comporte pendant cette période en contradiction totale avec tout ce en quoi je crois profondément. Je consomme à tout-va, de façon totalement déraisonnable et inutile. Mais je consomme surtout pour faire plaisir aux autres, ça me donne bonne conscience.

 

Sauf qu'au fil du temps, je le supporte de moins en moins.

 

Cette vision des choses s'est déclenchée brutalement il y a une dizaine d'années. Il faisait un froid de canard, et la veille du réveillon, nous nous promenions avec des amis dans les rues parisienes. Tout le monde avait des sacs de cadeaux, les hauts-parleurs diffusaient Jingle Bells, les vitrines étaient animées, le climat habituel des fêtes.

 

Et alors qu'une amie me parlait, mes yeux se sont posés sur cet homme, à demi allongé par terre, au pied d'une vitrine de luxe (un magasin de voitures genre Ferrari ou Porsche, si ma mémoire est bonne). Il avait fabriqué un abris de fortune avec des cartons et mangeait des sardines à même la boîte, l'oeil vide.

 

J'aurais tellement aimé l'oublier. Mais il n'y a rien à faire. Dès que les premières guirlandes lumineuses font leur apparition dans les rues, je pense à lui.

 

Alors Petit Papa Noël, moi qui ai la chance de n'avoir besoin de rien, je ne te demande qu'une chose. Donne-moi des nouvelles de cet homme.

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Naniloup 15/01/2011 14:15


C'est adorable ce que tu écris. Malheureusement, cet homme est multiplié par milliers dans le monde.


bbflo 15/01/2011 16:41



eh oui, c'est bien ce qui me mine parfois (mais enfin il y a plein d'autres moments où je suis comme tout le monde, c'est à dire foncièrement égoïste)



La fille aux yeux couleur menthe à l'eau 29/12/2010 11:21


Tout comme toi, je fuis les magasins, la foule, le monde en cette période d'overconsommation qui me donne la nausée, et tente de m'imaginer ce qui passe dans la tête de ces pauvres gens, et je me
fais horreur.


bbflo 30/12/2010 09:47



c'est là toute la difficulté, essayer de ne pas se faire horreur parce que dans l'absolu on n'est pas (vraiment) responsable... enfin, pas vraiment, disons que c'est "un tout"



Madmoiselleroro 21/12/2010 23:07


Je me sens un peu pareil dans cette période. On en fait des caisses et on oublie souvent ceux qui n'ont rien.


bbflo 22/12/2010 13:19



"on en fait des caisses" : c'est exactement ça !



Mary 21/12/2010 12:28


Un peu compliqué même pour le pere noel...


bbflo 22/12/2010 13:18



il se démerde, c'est son job après-tout ! 



Caty 21/12/2010 12:03


J'aime ce billet.
Tu dois le savoir, je déteste les fêtes de fin d'année, pour des raisons qui me sont personnelles mais aussi pour toutes celles que tu as cité.
Ce billet me va droit au coeur.